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Des roulements pour turbo-réacteur tournant à 145 000 tr/mn
Les moteurs réalisés par JPX pour l'aéromodélisme, avec l'apport de NSK, sont devenus si réalistes que l'entreprise s'apprête à travailler pour les constructeurs aéronautiques.
Les fervents de modèles réduits ne connaissent pas de limite à leur passion. Un Airbus à l'échelle 1/40e doit non seulement ressembler à un grand et prendre l'air tout comme un vrai, mais il faut encore qu'on l'entende vrombir. JPX à Vibraye (72) a si bien reproduit les performances d'un turboréacteur avec son modèle T 240 Ø 116 mm qu'elle en a vendu 600 dans 21 pays. Ces moteurs ont atteint un tel degré de réalisme que les vrais constructeurs d'avions s'y sont intéressé. Aujourd'hui, JPX met au point un turboréacteur qui devrait équiper des drones ou des leurres, des produits très évolués sur tous les plans. On est loin du modélisme !
Entreprise familiale, JPX a été créée en 1969 pour produire des pièces de motocycles. A partir des années 80, son dirigeant Jacques Buchoux a développé sur la base du moteur 4 cylindres à plat de Volkswagen, un moteur pour équiper des paramoteurs (parapentes décollant d'un terrain plat) et le cricri (plus petit avion du monde). Ce moteur, qui n'a cessé d'évoluer, est encore utilisé. Grâce aux pièces modifiées par JPX, mais aussi aux roulements, sa puissance est passée de 60 ch à 90 ch, à masse constante (78 kg), soit 50 % d'augmentation.
Des roulements haute température avec billes céramique
En 1990, Jacques Buchoux se lance dans les turboréacteurs pour le modélisme et les loisirs et met au point le T240 à propane liquide Ø 115 mm qui développe 4 daN à 120 000 tr/min. Pesant 1,6 kg, ce moteur est un bijou vendu entre 10 et 20 000 F, conçu pour équiper des engins d'environ 10 kg, ayant jusqu'à 2 m d'envergure. Celui-ci a donné naissance au T260 de même encombrement mais alimenté au kérosène afin de développer 7 daN à 145 000 tr/min. Le roulement utilisé (alésage : 10 mm et diamètre extérieur : 26 mm) est du type à contact oblique avec précharge, équipé de billes céramiques (nitrure de silicium). Son DmN est de 2,7 millions[1]. Lubrifié par le kérosène, qui contient 4 % d'huile, ce roulement ne dépasse pas 270°C sur la bague extérieure.
"Des représentants de NSK nous ont rendu visite en 1992 et ils sont souvent revenus depuis. C'est unique parmi les gens qui nous voient", affirme Jacques Buchoux. Malgré la lubrification extrême et la forte poussée axiale, le roulement qui convenait a été défini sans tâtonner et le bon jeu de fonctionnement déterminé dès le départ. Pour le T240, NSK avait livré des billes céramique et acier, cependant la céramique a donné un meilleur résultat. Elle est moins lourde que l'acier et a un effet lubrifiant. Les calculs ont porté sur le montage, la précharge, les angles de lubrification, la buse pour le jet d'huile, mais aussi sur les résultats aux vibrations parasites et en endurance. En dix ans, le moteur de JPX est passé de 4 à 7 daN de puissance dans le même encombrement et, bien que les montages aient changé, le roulement est resté le même.
JPX : un spécialiste des produits high-tech
Après être devenu le premier en Europe dans sa spécialité et avoir tout appris aux autres entre 1992 et 2000, JPX copié de partout et livré au dumping a abandonné modèles réduits et maquettes pour passer à des applications moins ludiques. "Nous avons développé sur fonds propres, le T340 de 30 à 40 daN de poussée, Ø 137 pour équiper des cibles infrarouges et des leurres, des avions de 3,5 m d'envergure et 35 kg environ, capables de voler à 400 km/h", explique Jacques Buchoux. Catapultés, ces aéronefs subissent 15 g et même 22 g sur un temps très court. NSK a fourni les roulements en acier haute température avec billes en céramique, qui présentent un DmN de 1,8 million pour 75 000 tr/min. Après 2 ans de développement, un produit figé a volé en 1999. JPX s'efforce maintenant d'être reconnu comme le spécialiste des microturbomachines avec une gamme de moteurs jusqu'à 100 daN de poussée.
Le chiffre d'affaires réalisé par JPX est de 15 M€, dont 70 % à l'exportation, avec 110 personnes (moyenne d'âge 29,5 ans). L'entreprise est spécialisée dans la sous-traitance de précision : usinage, fonderie, matriçage titane, mais aussi le traitement PACVD, couches minces, et la nitruration basse pression. L'usine, qui possède 64 centres d'usinage à commande numérique, fabrique 10 000 pièces/mois pour le sport automobile : culbuteurs, pistons, soupapes… JPX dispose entre autres de bancs d'essai, de bancs de mesure à très haute résolution et d'un microscope électronique à balayage pour l'analyse de surface et emploie 3 ingénieurs métallurgistes à de nouvelles études. "Quand nous faisons tourner notre moteur à 145 000 tr/min, même les gens blasés sont surpris, affirme non sans fierté Jacques Buchoux. Un produit high-tech comme celui-ci nous valorise par rapport aux donneurs d'ordres. C'est une carte de visite !"
[1] Les performances des roulements tournant à très haute vitesse, notamment ceux des turboréacteurs, sont caractérisées par leur NDm (nombre de tours/min multiplié par le diamètre moyen en mm). Les roulements utilisés dans les applications civiles sont à 1,5 106 en moyenne. Ceux destinés aux applications militaires atteignent 2 à 2,2 106 .
Posted On : 02/11/2004
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